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Désiré Kamwa: « Il faut réconcilier les camerounais avec leur histoire »

Enseignant d'Histoire au Lycée D'Akwa, il décrypte le désintéressement des camerounais de la fête de l'Unité et propose des solutions pour remédier à la situation.

Pourquoi les camerounais se sent de moins en moins intéressés par la fête du 20 mai ?

Il y a un certain nombre d'éléments qui font ombrage à la compréhension de cette fête de l'unité qui date du 20 mai 1972. Le premier fait, c'est cette sorte de fracture entre les gouvernants et les gouvernés, dans un contexte où les camerounais doutent de plus en plus des hommes politiques et prêtent plus attention à tout ce que l'homme politique peut entreprendre. Le deuxième élément est économique. Les camerounais vivent une condition microéconomique difficile, où la survie devient pratiquement incompatible avec la réflexion sur les grands thèmes de l'actualité et sur la profondeur de la signification de cette fête nationale. Après ces deux éléments, la ferveur est déficitaire parce que les camerounais ont de la peine à percevoir l'importance de cette fête parce que la culture n'est pas une qualité chez nous. Les camerounais ne lisent pas beaucoup, beaucoup ne s'intéressent pas aux mutations politiques et sociales, et comme je l'ai dit, beaucoup doutent des allégations et des agissements des hommes politiques. A mon sens, c'est cet ensemble d'éléments qui font que la fête de l'Unité qui en principe doit être une des plus grandes fêtes du calendrier politique et annuelle du Cameroun ne soit pas célébrée à la hauteur de son importance.

A partir de quel moment cet engouement des camerounais a commencé à baisser ?

La fracture sociale presque consommé fait que le la jeunesse Camerounaise doute de l'avenir à tout moment, où les parents sont déçu de la non entrée de leur progéniture sur qui ils font beaucoup d'investissements dans le monde de l'emploi sont là quelques éléments qui font en sorte que, depuis 15 ans, de moins en moins des camerounais prêtent attention à cette importante fête. A cet important symbole, signal de l'osmose que le pays attend de tous les avertis, de tous les éclairés, de tous les patriotes, de tous les nationalistes, des divergences politiques, et surtout économique comme je le disais.

Chez les jeunes, est-ce qu'on ne peut pas aussi accuser le fait que dans les programmes d'histoire, on ne mette pas beaucoup l'accent sur l'histoire du Cameroun ?

Oui, malheureusement, c'est le cas. Nous avons un programme d'histoire un peu plus extraverti qu'il n'en faut. On fait beaucoup d'histoires, moins d'histoire du Cameroun. Ça c'est un problème. Nous avons même demandé à ce qu'on revoie le programme pour essayer de "camerouniser" un peu plus ce programme, pour réconcilier les camerounais avec leur histoire. Parce que les historiens camerounais essaient d'exhumer la vraie histoire du Cameroun, qui, très souvent est écrite par les autres. Et on dit que les vainqueurs ont toujours raison. On veut camerouniser les programmes, histoire de reconcilier le peuple camerounais avec lui-même, avec son pays, à travers l'osmose nationaliste et patriotique.

Comment reconquérir la ferveur des camerounais pour cette fête de l'Unité ?

Les camerounais certes, connaissent la symbolique du 20 mai, cette fête de l'Unité parce qu'on est parti de l'Etat fédéral à l'Etat unitaire. Et c'est en 1984 qu'on va partir de l'Etat unitaire à une république du Cameroun. Réconcilier les camerounais avec leur histoire, c'est en fait, augmenter leur capacité d'adhésion à l'idéal d'unité nationale. C'est en fait de cela qu'il s'agit. Et moi, je pense qu'il faut déjà revoir les programmes. Il faut les « camerouniser ». Il faudrait même qu'au niveau de l'éducation à la citoyenneté et à la morale, qu'on insiste sur la nécessité d'un patriotisme permanent dans l'espace et dans le temps pour tout camerounais. Et ensuite, il est question de dire aussi à l'homme politique qu'il a aussi ce devoir, à l'homme des médias qu'il a aussi ce devoir. Ce ne sont pas seulement les enseignants. Vous savez, les premiers éléments sont domestiques. Le père et la mère doivent être aussi imprégnés de l'histoire pour rappeler à leurs enfants la symbolique et l'importance de cette histoire et maintenant, les enseignants, les médias et l'homme politique. Ça c'est très important. C'est ce quatuor qui peut essayer de raviver, non seulement cette fête de l'Unité, mais son importance sur le plan national et même international.

Que pensez-vous de ceux qui disent que la ferveur a diminué à cause du trop plein de récupération politicienne ?

C'est la dose qui fait le poison. Il me semble que c'est une fête qui préoccupe plus les hommes politiques et l'armée que les camerounais ordinaires. Il faudrait maintenant réconcilier l'ensemble de la chaine sociétale et même sociologique de ce pays pour rappeler que cette fête de l'Unité n'est pas pour certains, mais pout tous les camerounais et que ce n'est pas seulement le moment de faire des parades militaires, politique et scolaires, mais c'est l'occasion idoine d'organiser des débats pour essayer d'éclairer les lanternes des camerounais pour essayer d'illuminer leur esprit et les resserrer autour de cette unité qui doit être concrète. Elle ne doit pas souffrir de ces agrégats négatifs du style tribalisme, xénophobie, la ségrégation économique. Ce sont ces petits éléments qui font en sorte que certains camerounais se sentent à part et comme ne faisant pas partie de la communauté nationale.

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