Affaire Laurence Vergne : En attendant la vérité

L'enquête sur le meurtre de Laurence Vergne, une jeune expatriée française originaire de Nadaillac (24), semble enlisée malgré les efforts de sa famille.

Un an et demi après le meurtre de Laurence Vergne, le ou les coupables courent toujours. Seules certitudes sur la base de témoignages concordants, c'est que Laurence Vergne, installée depuis avril 2005 à Yaoundé, la capitale camerounaise, venait de passer la soirée du 5 janvier 2007 avec son compagnon, David Leb?uf, et des amis. Avec son véhicule, la jeune femme avait ensuite accompagné et déposé son amie Rabia Chibani-Jacquot dans le quartier chic de Bastos et attendait, avant de partir, que celle-ci entre dans sa maison. Mais, au domicile de Rabia, ce sont des cambrioleurs lourdement armés qui sont surpris. Face au danger, Rabia aurait décidé d'alerter Laurence avant de s'enfuir. " La riposte des braqueurs a été fatale. Ils ont tiré, alors que Laurence tentait de s'échapper à bord de son 4 _ 4 Suzuki Vitara. Elle a été froidement abattue ", raconte, émue, une collaboratrice de la victime. Les suspects arrêtés (dont un ami de Laurence) ont été mis en liberté en décembre dernier, compte tenu de la légèreté des conclusions de l'enquête de la police judiciaire.

Insécurité

"C'étaient des innocents. Les vrais coupables sont connus, mais ils bénéficient de la protection des plus hautes autorités du pays ", accuse Madeleine Afite, responsable de l'Action catholique contre la torture (Acat) et de la Maison des droits de l'homme du Cameroun (MDH). Paul Biya, le président camerounais, " a installé le pays dans l'insécurité ", ajoute-t-elle, dénonçant la " mascarade judiciaire " qui entoure ce " dossier sensible ". Malgré les engagements pris par le président devant la famille de Laurence lors de sa visite en France en octobre 2007, les proches de la victime sont inquiets à l'idée que ce crime subisse le même sort que de nombreux autres restés sans suite depuis plusieurs années.

" La direction de la justice militaire suit cette affaire avec beaucoup d'attention ", rassure, sous couvert d'anonymat, un officier de l'armée. " Plusieurs réunions ont été organisées au Premier ministère à ce sujet ", précise-t-il, notant que le gouvernement camerounais est " très peiné " par le drame.

En dépit de ces assurances, l'enquête piétine. Côté français, une procédure judiciaire a été lancée par la famille de Laurence, qui a porté plainte à Paris en juillet 2007. À l'appui d'une convention judiciaire franco-camerounaise, le juge d'instruction saisi a lancé une commission rogatoire internationale, mais, à Yaoundé, aucune information pertinente ne filtre sur l'avancée de ce dossier. Amadou Ali, vice-Premier ministre chargé de la Justice, avait pourtant affirmé à la télévision camerounaise que les autorités judiciaires locales étaient disposées à coopérer avec leurs homologues françaises, même s'il avait banalisé les faits en s'interrogeant sur ce que faisait la jeune Française sur le lieu de son assassinat " à cette heure-là et avec les personnes avec qui elle se trouvait ".

En attendant, les collègues de la biologiste continuent de porter le deuil. " Elle ne méritait pas ça ", soupire une secrétaire, soulignant que la brillante jeune femme était non seulement travailleuse, généreuse, mais aussi très attachante. " Elle était toujours joyeuse et souriante ", indique Arrah Atem-Tambe, technicienne de laboratoire. D'où la difficulté, selon son entourage, de retenir l'hypothèse d'un règlement de comptes. Certains parlent d'un accident. " Elle était peut-être au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais, dans tous les cas, il y a des zones d'ombre à clarifier ", commente le médecin colonel Mpoudi Ngole Eitel, chef du Centre de recherches pour la santé des armées, où Laurence était employée par l'Institut de recherche pour le développement (IRD) comme assistante coopérante et coordonnatrice du projet Résistance aux ARV (antirétroviraux). Un portrait de Laurence est accroché au-dessus de la porte donnant accès au bureau du médecin colonel, au c?ur du ministère de la Recherche scientifique et de l'Innovation. " C'est une façon pour nous de la faire revivre et de marquer notre reconnaissance pour tout ce qu'elle a entrepris ", explique l'officier.

Talent précoce

Titulaire d'un doctorat en sciences de la vie obtenu en novembre 2003 à Montpellier 2, Laurence était préoccupée par la situation des malades du sida insensibles au traitement mobilisant les antirétroviraux. Un domaine " totalement vierge ", selon le médecin colonel Mpoudi Ngole, qui estime que Laurence avait un parcours remarquable, un talent précoce. " On dirait qu'elle avait déjà travaillé pendant vingt ans avant de rejoindre notre laboratoire. "

Au-delà des expériences qu'elle conduisait dans le cadre de sa mission de deux ans, elle avait contribué à la formation des principaux intervenants dans la recherche concernée, au niveau aussi bien national que sous-régional. " Elle n'a pas eu le temps de finir le transfert de technologie pour lequel elle se déployait sans relâche, et notamment la caractérisation des souches du VIH et la détermination de leur résistance à certains antirétroviraux ", déplore Marcel Tongo, un collègue de Laurence.

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